Le projet d’envisager ce que pourrait être une « Agriculture belle et bonne » suscite nombre de réactions réservées : « Consacrer une étude à une utopie ? Oui, bon, mais il faut que ça reste réaliste ! » Etc.

Il faut donc commencer par préciser que, pour l’ACRF – Femmes en milieu rural, il convient d’inverser les choses : d’une part, il ne sera pas question d’« utopie » : une agriculture belle et bonne est tout à fait possible ici – sur Terre et non dans « aucun lieu » comme tend à le faire penser l’étymologie du mot utopie. D’autre part, le « réalisme », c’est de prendre en compte l’état du Monde tel qu’il est, pour envisager ce que peuvent être les réalités urgentes à transformer, ou à révolutionner sans doute, et non plus, comme c’est l’habitude, pour entrer dans des compromis : il n’en est plus temps.

C’est que nul ne l’ignore plus : si on laisse les choses se poursuivre au rythme stérile de la Cop 26 de Glasgow en novembre 2021 – et de toutes celles qui l’ont précédée – le réchauffement atteindra entre 4,5 et 6° à la fin du siècle. Si, en raison notamment des effets d’emballement ou effets de seuil, nul n’est capable de dessiner un tableau précis en tous ses points de la situation, on sait quand même qu’elle sera apocalyptique. Et menacera rapidement la survie même de l’espèce humaine.

À l’ACRF – Femmes en milieu rural, nous ne rejoignons cependant pas les rangs des prophètes du malheur. À l’inverse des « collapsologues », nous regardons la situation en face certes mais nous continuons de penser que des changements radicaux sont possibles et qu’il reste beaucoup à sauver. C’est ça le réalisme : penser concrètement les solutions et dans le même temps identifier les fronts des luttes à mener. C’est en ce sens aussi que les présents travaux s’inscrivent dans la campagne 2022 de notre mouvement : « Clima’ginons, des idées aux actes ».